Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /2009 12:26

 Carte postale ancienne de CPAPHIL. - Travaux graphiques de Francine Chauvet.


J'ai eu un mal fou pour trouver cette unique photo en noir et blanc de la Clinique Bellevue, dans laquelle j'ai séjourné après mon passage à Blancheneige, au début des années soixante.

Les choses sérieuses débutèrent à Dieulefit. Blancheneige, c’était des vacances. Pas d’école, juste quelques cours dispensés par une institutrice indulgente.

 

La terre blanche et poussiéreuse renvoyait la chaleur. Le taxi nous déposa devant la villa, ma mère, moi et ma valise. L’angoisse de l’abandon et de l’inconnu m’étreignait. Le voyage en autorail avait été épuisant, surtout pour ma mère qui souffrait du mal des transports (j’en ai, - hélas ! – hérité). L’assistante du médecin responsable nous accueillit avec une monitrice qui s’empara de mon bagage. Nous fûmes reçues par le docteur qui m’examina pendant que ma mère parlait, parlait, parlait, racontait toutes les misères que je lui causais en étant sans cesse malade. Dilatation des Bronches, DDB. Le médecin la laissait s’épancher en posant de temps à autre une question bien précise. Heureusement qu’elle n’a pas abordé le thème « caractère » ; je me serais encore retrouvée au piquet ! Quoique, je déblatère : pas avec ce docteur aux gestes délicats, à la voix douce et posée. Je l’ai aimé tout de suite. La monitrice revint me chercher. Il n’y eut pas d’embrassade, ma mère ne m’a pas dit ; « au revoir » et je ne l’ai plus revue pendant plusieurs mois.

« Je m’occupe de ton dortoir », m’expliqua la jeune dame en blouse blanche

Et sans plus d’autres paroles elle me conduisit au dortoir, une grande pièce en angle éclairée par trois grandes fenêtres. Le soleil donnait à plein. Mon lit était le premier près de la fenêtre qui s’ouvrait sur la façade que l’on apercevait quand on grimpait la colline. Elle me montra mon placard afin que j’y rangeasse mes affaires. Elle prit la poupée Bella que ma grand-mère maternelle m’avait offert. Elle l’examina et je sentais son admiration : elle était vraiment belle ma poupée avec ses cheveux blonds crantés, retenus sur la nuque dan un filet, son manteau en velours rouge vif, assorti à la robe. Pour nous les petites filles, une poupée, c’était important, très important. Ce n’était pas un jouet, c’était une personne, une compagne de solitude qui nous écoutait avec un sourire éclatant. Ses grands yeux bleus vous regardaient derrière des cils recourbés et longs qu’une star aurait enviés. La monitrice l’installa en position assise contre le polochon. Elle désigna l’ensemble du dortoir d’un geste ample :

« Tu vois, tout le monde a une poupée ou un poupon installé sur le lit. »

Je me sentis rassurée sur le sort de ma petite compagne muette, mais toujours souriante.

Tu as fini ?

Oui, madame

Tu m’appelles Elisabeth, comme tout le monde. Allez ! zou ! à l’infirmerie ! »

En ce lieu qui sentait l’éther l’on me saupoudra la tête de blanc et l’on enferma ma chevelure blonde et bouclée dans un bonnet de coton. Opération anti-poux pour les nouveaux arrivants !

 

(à suivre)


Par Francine Chauvet - Publié dans : Anecdotes du passé - Communauté : Passeurs d'espoirs
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